Les Anges de l'histoire

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En 1939 et 1940, Walter Benjamin, penseur antifasciste alors aux abois, écrivit, quelques mois avant son suicide, un texte capital pour notre pensée contem­poraine : ses « thèses » – qui n’en sont pas vraiment – « Sur le concept d’histoire ». Au centre de ce texte se trouve mise en scène la confrontation avec une simple image : la petite aquarelle de Paul Klee intitulée Angelus Novus. C’est l’allégorie d’un nouvel « ange de l’histoire ».

Georges Didi-Huberman, Les Anges de l’histoire, 2025, les éditions de minuit

extrait du chapitre « Quand le voyant regarde de côté » :  

« Que fait-on lorsqu’on se trouve désorienté ? Spontanément on tourne la tête de tous côtés. Sur le plan philosophique, cette question a souvent suscité de trop rigides tentatives de réponses. Là où Pierre Missac observait à juste titre que le texte « Sur le concept d’histoire » (de Benjamin) engageait bien sa critique sur deux « fronts » au moins * - le théologique et le marxiste -, les commentateurs se sont souvent imposé la tâche d’en trouver « une solution » : ils pensèrent réduire « la multiplicité des visages » de la pensée benjaminienne, comme disait Rainer Rochlitz, soit à une périodisation (un premier Benjamin métaphysique, un second matérialiste), soit à une systématisation doctrinale exigeant plus de « cohérence » ** . Mais c’est une erreur de croire que, si l’on regarde ici, on n’est pas capable d’aller voir là-bas. Comment ne pas s’apercevoir que la cohérence, chez Benjamin, ne tenait pas dans une position fixe, mais dans un mouvement, un geste, un déplacement ? Il n’aura donc pas « pris position » en choisissant l’un ou l’autre des territoires qu’il questionnait, mais en allant et venant sans cesse de l’un vers l’autre.»

* Pierre Missac, Ce sont des thèses. Sont-ce des thèses ? 
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Rainer Rochlitz, Le désenchantement de l’art. La philosophie de Walter Benjamin

Les Anges de l'histoire